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Le dilemme… vie privée et données personnelles

C'était le thème de l'atelier collaboratif, organisé lundi 8 octobre 2018 à La Ruche Saint-Nazaire, dans le cadre du Digital Society Forum, promu par Orange pour mieux comprendre l'impact du numérique dans « notre » vie de citoyen(ne). Deux heures d'échanges entre constat de la collecte incessante de nos data et propositions adressées. Un débat qui a pris tout sens à l'heure où Google annonce la fermeture de son réseau social Google+ en raison d'une faille de sécurité majeure. En trame de fond se dessine le choix de société à opérer pour le futur !

A l'instar du réchauffement climatique dont on connaît les effets dévastateurs, tout en laissant la situation dégénérer, la collecte et l'exploitation abusives des données personnelles par des tiers sont des phénomènes intégrés par tous : les récents scandales liés à Facebook, dont l'affaire Cambridge Analytica, l'ont confirmé si besoin était. L'actualité apporte régulièrement son lot d'exemples troublants. Mais rien ne change ou presque.

Triste clin d'œil symbolique et aveu d'un constat de quasi-impuissance… alors que se déroulait cet atelier collaboratif à La Ruche Saint-Nazaire, les premiers tweets sur la fermeture dans les dix mois à venir de Google+ commençaient à tomber. La firme de Mountain View, GAFA parmi les GAFAs, venait de confirmer une information du Wall Street Journal. Elle avait constaté (et semble-t-il masqué !) une faille de sécurité liée à l'API de son réseau social, entre 2015 et 2018. Le décor était planté.

Lire le communiqué de Google

« Les citoyens ne sont ni dupes ni naïfs ! »

« Comment résoudre le paradoxe entre (sur)exposition de soi et préservation de l'intimité ? » L'invitation Eventbrite de cette soirée avait posé les enjeux de façon presque philosophique. Quel chemin trouver, en effet, entre les selfies à outrance – pour certains – et l'aspiration au respect de la vie privée – pour d'autres.

En introduction vidéo, Dominique Cardon, sociologue et directeur du Medialab de Sciences-Po posait le cadre théorique. Il détaillait « l'étau de la triple surveillance » numérique à laquelle tout citoyen est soumis :

  • De l'Etat (voir l'affaire Snowden)
  • Du marché dont les GAFAs (Google, Amazon, Facebook, Apple…) sont l'incarnation
  • De nous-même(s) et entre-nous… via les réseaux sociaux où chacun s'expose à un regard souhaité ou non

« L'évolution de la représentation de la vie privée a évolué, explique Dominique Cardon. Avant, il existait une norme sociale entre ce que l'on montrait et ce que l'on ne montrait pas. Aujourd'hui, chacun peut définir sur les réseaux sociaux la propre frontière de sa vie privée. C'est une forme d'individualisation qui peut aller jusqu'à accepter un renforcement de la surveillance de l'Etat pour des raisons de sécurité, au motif que l'on n'a rien à cacher… ou tolérer le transfert croissant de nos données à tel ou tel GAFA au prétexte que le service délivré par celui-ci deviendra plus efficace. C'est le paradoxe. Les internautes ne sont pas dupes des risques qu'ils prennent en s'exposant. Ils ne sont ni naïfs ni inconscients. Mais, dans le même temps, ils continuent à s'exposer ! »

Privacy by design pour reprendre la main

Quelle(s) solution(s) le citoyen a-t-il pour reprendre la main alors que l'Europe a institué le RGPD (lire ci-dessous) en mai dernier ? Dominique Cardon plaide pour le Privacy by design, c'est à dire l'intégration du respect de la vie privée dès la phase de conception d'un service en ligne, d'une application… pour « obtenir un consentement explicite via des interfaces claires ».

« il faut se diriger vers l'instauration d'une vraie culture de la donnée, poursuit le chercheur. Que l'utilisateur puisse récupérer, corriger, effacer… ses data auprès des plateformes alors qu'actuellement tout est opaque. L'intérêt de ma propre vie privée est aussi d'être solidaire avec la vie privée des autres. L'enjeu devient collectif. »

En savoir plus : RGPD, quels changements pour l'individu et l'entreprise (article © Ouest Médias)

Constats et changement de paradigme

Ces préalables posés, le temps du débat entre les participant(e)s –en deux phases, constat du changement lié au numérique (voir photo ci-dessous) puis formulation de propositions adressées – a confirmé que l'enjeu supérieur est celui du modèle de société et d'un changement de paradigme avec, en toile de fond, le refus des choix imposés :

  • Est-il normal, conséquence du RGPD, de ne plus pouvoir accéder à certains sites web au prétexte que l'on ne souhaite pas que les éditeurs placent des cookies sur notre machine et/ou monétisent ensuite nos données de consultation à des fins publicitaires ?
  • Est-il tolérable qu'une application mobile requiert au moment de son installation sur notre smartphone l'accès global à nos contacts, nos photos… ?
  • Est-il acceptable qu'une compagnie comme Air France requiert la connexion à Facebook pour un renouvellement de mot de passe ?

Il ne s'agit là que de trois exemples concrets, courants et significatifs ! Ils illustrent qu'un service gratuit est en réalité payant car la monnaie d'échange est fournie par les data personnelles et l'utilisation commerciale a posteriori de celles-ci. Ils interrogent également sur la question du modèle économique : est-on prêt à rémunérer un service à son juste prix pour éviter le transfert de nos données ?

Le cas de la presse française est emblématique : le papier se meure tandis que les titres cherchent désespèrement un modèle pérenne sur le web. Après avoir posé, dès le début des années 2000, le principe du tout gratuit, quand on pensait encore que l'audience était monétisable via la publicité, les éditeurs ont fait machine arrière entre abonnements électroniques et/ou paywalls (3 à 5 articles en libre accès puis la suite est payante).

Dans le même temps, les sites d'information majeurs – dont ceux des quotidiens historiques (Le Figaro, Libération, Ouest France…) – sont dépendants des GAFAs au travers de l'audience générée depuis les partages Facebook et Google Actualités. Tandis que les Fake News fleurissent sur les réseaux sociaux ! Infernale quadrature du cercle dont l'issue reste incertaine. Les utilisateurs/lecteurs sont-ils enclin à supporter le prix d'un journalisme de qualité, déconnectée des plateformes et donc – en principe – respectueux de leurs données personnelles (on dit beaucoup de soi au travers de son appréhension de l'actualité) ? Rien n'est moins sûr !

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Propositions… entre éducation et pédagogie

En conclusion, au travers des synthèses réalisées par les deux grands témoins de la soirée, Martin Arnout (élu nazairien et conseiller communautaire) ainsi que Philippe Fintoni (La Ruche), l'éducation et la pédagogie, autour de l'utilisation des outils numériques, apparaissent comme la première piste pour favoriser la prise de conscience de l'ensemble de la société. Le rôle de l'Etat et des collectivités, au sens de la Res Publica, a également été évoqué au travers du maintien d'un niveau de service public, accessible à tous y compris à celles/ceux éloigné(e)s du numérique.

« La notion de l'aide à ceux qui sont le moins acculturés au digital… par ceux qui le sont le plus est un phénomène prégnant », a noté Philippe Fintoni (à gauche, photo ci-dessous)… rebondissant sur le sens critique qu'il convient d'avoir au regard des transitions sociétales majeures en cours : « Le numérique renvoie aussi à la vigilance vis-à-vis de la démocratie et des libertés individuelles. » 

En savoir plus : visiter le site Digital Society Forum

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